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A Loucura entre nós, BEM 2016

Entretien avec Fernanda Vareille, réalisatrice du film « La folie entre nous »

Traduction de l’entretien : Jeanne de Larrard 

Cinéaste brésilienne née à Bahia, Fernanda Vareille est diplômée de cinéma de l’Université Sorbonne Nouvelle et de journalisme de  l’Université de Londres.

En 2014, elle écrit et réalise en France le court métrage « La Bascule ». En 2015, elle termine « La folie entre nous », un documentaire qui nous plonge dans l’univers de patients d’un hôpital psychiatrique brésilien.

Le documentaire sera projeté le 16 Octobre à 20h, à l’occasion de la soirée de clôture du festival Brésil en Mouvements en présence de la réalisatrice. Quelques jours avant le festival et la projection de son film « La folie entre nous », Fernanda Vareille nous a accordé un entretien dans lequel elle revient sur sa démarche et les anecdotes liées au tournage de ce documentaire.

En attendant la projection, découvrez la bande annonce ici.

Pourquoi « «La Folie entre nous » ?

Fernanda Vareille : Le film a été librement inspiré du livre homonyme du psychanalyste Dr. Marcelo Veras. Le « nous » de « La folie entre nous » se réfère à la première personne du pluriel, mais aussi aux nœuds[1], c’est-à-dire aux attaches, aux liens que l’on peut faire dans la vie. Marcelo Veras, dans son livre, montre cela en utilisant les théorèmes de Lacan ; moi, j’essaie de le  montrer à travers les images. Dans la première partie du livre, Dr. Marcelo livre son expérience en tant que directeur de l’hôpital et raconte comment il a appliqué la psychanalyse pour administrer l’hôpital Juliano Moreira. Il décrit un univers qui m’a inspiré. L’idée de réaliser le documentaire a surgi à partir de cette rencontre. Mais le film montre ma rencontre avec ces personnes, avec l’hôpital. Il existe un personnage qui est présent dans le livre comme dans le film. La deuxième partie du livre est assez technique et requiert des connaissances académiques, pour pouvoir suivre les théories développées.

– Comment fut l’expérience de pénétrer dans l’hôpital psychiatrique avec une caméra ?

Fernanda Vareille : Ce fut un processus lent, conquis peu à peu. On a filmé en immersion. On arrivait très tôt à l’hôpital, et on restait toute la journée, parmi les personnages. Pendant plusieurs jours, on n’a pas filmé, on était là, présents, parmi eux, pour qu’ils s’habituent à notre présence, à la présence de la caméra.

On a passé beaucoup de temps à l’hôpital, on a vécu divers moments. Peu à peu, on s’est rendus invisibles ; avec le temps, on ne dérangeait plus. On est devenus des gens de là-bas. C’était magique ! Avec le temps, on en est venus à faire partie du paysage de l’hôpital, et jusqu’aux surveillants les plus sévères nous souriaient ; on a acquis leur confiance. Leur regard sur nous – le regard des patients comme celui des employés – avait changé. Au début, il y a avait une certaine peur de notre présence, presque comme si on était une menace. Mais, avec le temps, on n’a plus causé de peur.

Je crois qu’ils ont réalisé qu’on voulait avoir accès à la subjectivité des gens, à travers la parole, leurs récits de leurs histoires. Les gens y voyaient une opportunité, une ouverture pour exposer leurs problèmes, leurs questions ; ils étaient écoutés, on donnait de l’importance à leurs mots, ils se transformaient en sujets. Ils contaient leurs propres histoires.

– Comment a surgit ton intérêt pour ce thème ?

Fernanda Vareille : A partir d’une conversation avec Dr. Marcelo Veras, mon ami, qui m’a donné un exemplaire de son livre et qui m’a parlé du Criamundo. Il fut le directeur de l’hôpital Juliano Moreira et il m’a conté un peu de son expérience.

 Avais-tu déjà été dans des institutions psychiatriques auparavant, ou t’étais-tu déjà heurtée à ce thème ?

Fernanda Vareille : Je n’avais jamais mis les pieds dans un hôpital psychiatrique auparavant. Le contact que j’avais eu avec l’univers du film – c’est-à-dire la folie – venait de mes propres questionnements sur ma santé mentale, et de l’observation de mon entourage.

De façon ingénue, j’associais la folie à la liberté. Au début, je romantisais encore la folie, je voyais même une certaine poésie dans l’hôpital. Cela a disparu quand mon regard a mûri.

  Qu’est-ce que tu as retiré de plus précieux / important, de ce processus ?

Fernanda Vareille : Ce fut un précieux processus d’auto-découverte. Pendant les tournages, principalement lors de la première étape, entrer dans un hôpital, connaître ce monde et les personnes qui le composent, les patients comme les soignants, constituaient un éternel questionnement. Tu es obligé de te remettre en question en permanence. Je me demandais toujours : pourquoi telle personne m’intéresse ? Qu’est-ce qu’elle a qui éveille ma curiosité ? Pourquoi l’entretien avec untel m’a dérangé ? Ce n’en sont que quelques unes. C’était un torrent de questions et d’interrogations qui faisaient surface et qui me faisaient reconsidérer mes propres fantasmes et questions, concepts… Je crois que les autres membres de l’équipe sont passés par des processus similaires. Je trouvais du plaisir à me confronter à ces questions, et ainsi à découvrir davantage sur moi-même. Même si ça peut être aussi un processus douloureux.

Ce fut mon premier long-métrage ; quatre ans se sont écoulés entre le moment où j’ai décidé de filmer et celui où le film a été prêt. J’ai suivi et été active dans toutes les étapes. Depuis l’élaboration du projet et la recherche de financements, jusqu’à la distribution. J’ai beaucoup appris avec le film, avec les personnes avec lesquelles j’ai eu la chance de travailler. Mais le plus enrichissant a été ce processus d’auto-découverte imposé quand on fait un film sur cette thématique. Je peux dire que la confection de ce film et les rencontres que j’ai faites à travers lui, a été un « turning point » dans ma vie.

diretora_fernanda_vareille_foto_patricia_vasconcellos[1] « nós » signifie « nous » mais « nó » signifie aussi « nœud » en portugais

À propos de Brésil en Mouvements

La semaine de projections et débats d'Autres Brésils. http://www.autresbresils.net/

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